Comprendre et évaluer les impacts
Dès la phase préparatoire du projet, les repères couramment utilisés en foresterie urbaine (notamment l’objectif de 40 % de couvert forestier de l’Ontario) ont été jugés inappropriés dans le contexte de la région. Fredericton compte plus de 19 000 arbres de rue dans son centre-ville et plus de 4 000 000 d’arbres sur l’ensemble de son territoire, soit un couvert forestier de 67 %, l’un des plus élevées au Canada. Des études préliminaires ont révélé qu’entre 2015 et 2023, l’aménagement du territoire à lui seul a contribué à réduire le couvert forestier d’environ 3 %.
Étant donné que les limites municipales longent de vastes zones forestières, toute modification de sa frontière fausserait considérablement les indicateurs de rendement fondés sur le couvert forestier. Ainsi, plutôt que de poursuivre un objectif chiffré en pourcentage, l’analyse de Stantec repose sur une évaluation du rendement de la forêt urbaine et de la répartition équitable du couvert forestier entre les quartiers, une approche adaptée du concept d’équité arboricole du national American Forest program.
Le couvert forestier et la diversité des espèces sont les principaux indicateurs de santé des forêts urbaines. Ces éléments déterminent les fonctions écologiques, comme le rafraîchissement urbain, le stockage et la séquestration du carbone, et la régulation des eaux pluviales, tout en contribuant au bien-être physique et mental des citoyens. Une grande partie de la forêt environnante est constituée d’épinettes et de sapins, des essences privilégiées par l’industrie forestière, au détriment de la forêt acadienne (wabanaki) indigène, qui est supérieure en matière de résilience urbaine, de biodiversité, d’adaptation climatique et de résistance aux incendies. Ce n’était pas une priorité au début du projet, mais la restauration de la forêt acadienne est apparue comme une priorité essentielle à long terme dans le cadre de la SGFU.
La forêt urbaine de Fredericton subit également une pression croissante des espèces envahissantes et des agents pathogènes. Les bouleaux et d’autres espèces sont particulièrement touchés, notamment les frênes, menacés par l’agrile du frêne depuis 2021, et les ormes, menacés par la graphiose depuis les années 1960.
Les premières analyses ont permis d’établir les deux orientations fondamentales de la SGFU :
- cartographie des forêts urbaines et données socio-économiques pour orienter les investissements équitables;
- rétablissement à long terme de l’écosystème forestier indigène.
Pour gérer la croissance démographique prévue et privilégier le développement durable, la municipalité a également élaboré un plan d’aménagement et une stratégie de croissance qui seront mis en œuvre conjointement avec les recommandations du SGFU.
Utilisation des données climatiques dans la prise de décision
Les données climatiques ont façonné les recommandations de la SGFU. Les données ont été interprétées par un climatologue de Stantec, qui les a traduites en éléments conceptuels concrets, en collaboration avec l’architecte paysagiste en chef.
La municipalité gère efficacement les maladies envahissantes, mais le changement climatique a considérablement accru la pression exercée sur les arbres. Les données climatiques de Ressources naturelles Canada ont été utilisées pour préparer des cartes de la répartition future des espèces végétales, en fonction des paramètres climatiques des aires de répartition des espèces. Ces modèles ont été utilisés pour évaluer la pertinence des espèces d’arbres actuelles et des espèces provenant d’écosystèmes climatiques plus chauds. En raison de la hausse des températures et de l’augmentation des précipitations annuelles, les espèces indigènes pourraient ne plus s’adapter aux nouvelles conditions climatiques de la région, tandis que certaines espèces de climats plus méridionaux pourraient s’y adapter. Les espèces indigènes de la forêt acadienne, notamment le sapin baumier, le peuplier faux-tremble et le bouleau à papier, ont joué un rôle important dans l’élaboration de la SGFU en raison de leur présence millénaire dans l’écosystème. Cependant, les conditions climatiques prévues devraient modifier la plage de tolérance de ces espèces d’ici 2100, rendant improbable leur survie à long terme dans la ville.
Il est à noter que les données climatiques indiquent une augmentation des risques d’incendie de forêt. De même, la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes constituent une menace croissante pour les arbres de Fredericton. Ce constat a éclairé les recommandations de la SGFU, qui reposent sur l’évaluation de la résilience climatique de la forêt urbaine, à l’aide de données climatiques et d’une analyse de la composition forestière pour déterminer les zones vulnérables. Les zones forestières continues ont une plus grande capacité d’adaptation climatique en raison de leur redondance écologique, tandis que les arbres de rue et les paysages fragmentés ont été jugés très vulnérables en raison de leur isolement, de la chaleur dégagée par les infrastructures grises et de l’humidité limitée du sol. Les forêts dominées par les conifères présentent également un risque plus élevé d’incendie en raison des conditions plus sèches et de l’inflammabilité des conifères riches en résine, ce qui souligne l’importance de restaurer la forêt acadienne mixte, plus diversifié en espèces arboricoles, pour assurer la pérennité de la forêt.