Comprendre et évaluer les impacts
Jadis, le Haut-Niagara, de Fort Érié aux chutes du Niagara, était bordé de milieux humides, d’une grande richesse écologique, composés d’une végétation aquatique submergée et émergente, un habitat essentiel à la vie faunique. Le niveau de la rivière Niagara connaît d’importantes fluctuations en raison des conditions variables du lac Érié, où la configuration des vents exerce une forte influence sur le niveau de l’eau. Pour limiter l’érosion causée par ces fluctuations, la rive a été, au fil du temps, durcie par de gros blocs rocheux et d’autres matériaux structuraux, ce qui a entraîné la perte d’habitats riverains naturels, en particulier les milieux essentiels aux poissons et aux espèces aquatiques. Il s’agissait d’une occasion de restaurer les caractéristiques naturelles du rivage en adoptant une approche conceptuelle fondée sur la nature qui réduit les risques d’inondation et d’érosion, et qui améliore les fonctions écologiques en rétablissant la végétation indigène et les habitats fauniques.
En plus de la réintroduction d’espèces végétales indigènes, le programme NRCWR insiste sur la gestion des espèces envahissantes en vue de former un rivage résilient et de restaurer la santé de l’écosystème. En matière de résilience climatique, le succès se mesure par la surveillance de certaines espèces comme indicateur écologique – en particulier le rétablissement des espèces de poissons et de végétaux indigènes.
En 2019, le Plan de restauration des habitats préparé par le New York State Department of Environmental Conservation a délimité environ 40 ha d’habitats en eau peu profonde et de milieux humides essentiels à la restauration du côté américain de la rivière. Une évaluation des rives canadienne, réalisée en 2021, a révélé qu’environ 23 % des rives canadiennes avaient été durcies. Cette évaluation a déterminé que sept emplacements le long du Haut-Niagara étaient idéaux pour la restauration des milieux humides, en fonction de leur faisabilité, de leurs caractéristiques et de leur emplacement. En 2021, une étude riveraine, dans le cadre d’une évaluation globale du Haut-Niagara, a identifié 26 lieux supplémentaires sur un tronçon de 10 km, destinés à l’amélioration et à la gestion des habitats riverains (réduction du fauchage, élimination d’espèces envahissantes, plantation de végétation indigène).
Données climatiques et prise de décision
Les données et projections climatiques ont orienté de multiples aspects du projet, notamment la sélection des espèces et la création d’habitats. Les données écologiques du MRN ont encadré l’aménagement des habitats piscicoles afin d’assurer leur résilience à long terme. La NPC a utilisé sa formule « 5-10-20 » pour préparer le plan de plantation et limiter à 5 % la proportion d’une même espèce, à 10 % d’un même genre et 20 % d’une même famille. Planter un ensemble d’espèces végétales adaptées à l’évolution climatique et réduire le risque qu’un seul facteur de stress (p. ex. une épidémie) décime tout l’écosystème. Tout au long du projet, la sélection des espèces végétales a tenu compte des changements prévus dans les zones climatiques.
Au début du projet, on a modélisé l’effet des vagues le long du rivage à l’aide de modèles de projection climatique pour le lac Érié. Cette analyse a révélé que l’activité des vagues pouvait atteindre 1,5 m de hauteur, et qu’il était préférable de privilégier des solutions fondées sur la nature pour absorber et dissiper l’énergie des vagues. Ces mesures protègent la rive, améliorent l’habitat halieutique et apportent des avantages aux citoyens. Les premières décisions conceptuelles reposent sur des preuves évidentes de changements environnementaux dans la rivière Niagara, notamment la hausse de la température de l’eau, les inondations imprévisibles et le déclin de la biodiversité. La perte de biodiversité, en particulier, est un enjeu qui va s’intensifier avec le réchauffement en cours et prévu des eaux du lac.