Comprendre et évaluer les impacts
Avant l’adoption du règlement sur les toits verts, la Ville de Toronto a chargé une équipe de l’Université métropolitaine de Toronto (alors appelée l’Université Ryerson) de rédiger un rapport intitulé Report on the Environmental Benefits and Costs of Green Roof Technology for the City of Toronto (2005). Cette étude a servi de base à la stratégie des toits verts de 2006, démontrant les avantages économiques, sociaux et environnementaux liés à l’installation de toitures végétalisées tant à l’échelle des bâtiments qu’à l’échelle de la Ville. Les résultats de l’étude ont permis d’étayer la réglementation et guidé l’élaboration des normes et des exigences techniques.
Du point de vue de la performance des bâtiments, l’étude a révélé que les toitures végétalisées contribuaient à réduire la demande énergétique en modérant les températures à la surface des toits, en améliorant la performance thermique et en diminuant les charges de chauffage et de climatisation, avec des avantages supplémentaires liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. À l’échelle urbaine, les toitures végétalisées ont été identifiées comme des mécanismes efficaces pour atténuer la chaleur urbaine en rafraîchissant la température de l’air et en augmentant la surface végétalisée dans des environnements urbains denses. La rétention des eaux pluviales constituait un élément clé, car on a constaté que les toitures végétalisées amélioraient la capacité de rétention des précipitations, réduisant ainsi les débits de pointe et allégeant la pression sur les réseaux d’évacuation des eaux pluviales, tout en améliorant la qualité de l’eau en aval. Le cadre stratégique a également été enrichi par les avantages sociaux observés, notamment la réduction du bruit, l’amélioration de la qualité visuelle, mais également de la santé mentale et du bien-être physique associée aux possibilités d’agriculture urbaine, aux loisirs et à un accès accru à la nature, ainsi qu’à l’embellissement global des infrastructures urbaines par la nature.
Utilisation des informations climatiques dans la prise de décision
La politique reposait sur une compréhension claire de ses avantages environnementaux et sa concordance avec les objectifs plus larges de résilience climatique de la Ville de Toronto. Elle s’appuyait sur des résultats de recherche (issus notamment de l’étude de l’Université métropolitaine de Toronto) qui ont confirmé que, si d’autres technologies peuvent contribuer à la gestion des eaux pluviales et à l’atténuation de la chaleur, les toits verts procurent des avantages écologiques de manière unique et simultanée. Ces avantages connexes ont été décrits dans l’étude de l’Université métropolitaine de Toronto et comprennent notamment l’amélioration de la qualité de l’air grâce à la séquestration du carbone et l’élimination des polluants, ainsi que le soutien à la restauration de la biodiversité par la création d’habitats pour les oiseaux, les pollinisateurs et d’autres petites espèces de faune urbaine. Ces résultats ont ensuite servi de base aux Guidelines for Biodiverse Green Roofs (lignes directrices pour des toitures végétalisées favorisant la biodiversité) et ont renforcé les normes techniques intégrées au règlement municipal. Les recherches menées par d’autres institutions et les contributions d’experts techniques, notamment de groupes tels que le GRIT Lab, ont généré des connaissances appliquées essentielles sur la composition des sols et la sélection des plantes, améliorant ainsi les performances du système et renforçant les fonctions écologiques, intégrées aux normes de construction.
Le contexte climatique général de Toronto a depuis évolué; les données climatiques sont maintenant plus directement intégrées à l’élaboration des politiques et à l’aménagement. La Resilience Strategy (2019) (stratégie de résilience) de la Ville a mis en évidence les principales pressions auxquelles la Ville est confrontée, notamment le changement climatique, le logement, la mobilité et l’équité, et a spécifiquement identifié le règlement sur les toits verts comme un moyen de renforcer la résilience de la Ville. Des études climatiques plus récentes commandées par la Ville, telles que le Toronto’s Current and Future Climate Report (2024) (le rapport sur le climat actuel et futur de Toronto), fournissent des projections climatiques à long terme actualisées documentant les tendances au réchauffement depuis les 170 dernières années, les dix années les plus chaudes ayant été enregistrées depuis 1998. Les projections climatiques indiquent également une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de chaleur extrême et de précipitations. Ces tendances soulignent la nécessité de mettre en place des infrastructures vertes, telles que les toits végétalisés, comme stratégies d’adaptation au changement climatique fondées sur la nature et intégrées à l’échelle de la Ville.