Comprendre et évaluer les impacts
Avant le concours, en 2016, l’arrondissement a mené une série d’études environnementales, sociales et spatiales du site afin de dégager les possibilités d’améliorer la qualité de l’environnement et de renforcer la santé et le bien-être des populations en restaurant les conditions écologiques sur des terrains sous-utilisés. À l’époque, l’une des priorités de la municipalité était d’améliorer la connectivité entre des écosystèmes fragmentés à l’aide de corridors et de zones tampons. Elle a mené divers exercices de cartographie pour recenser les forêts, les zones humides, les rivières et d’autres écosystèmes afin de comprendre leurs relations spatiales et de dégager des possibilités de connectivité selon les différentes échelles des systèmes terrestres, hydrologiques et aériens. L’arrondissement a également mené un vaste processus de consultation pour aligner les objectifs en matière de biodiversité et les objectifs sociaux, ce qui a permis d’inscrire le projet de corridor dans le cadre d’initiatives plus vastes à l’échelle de la ville et constituait la base des exigences du concours de design.
À l’issue du concours, les partenaires du projet ont mené trois analyses principales du site :
- Une cartographie systématique des conditions du sol et des infrastructures de gestion des eaux pluviales sur l’ensemble du site;
- Une évaluation et un inventaire complets de la faune locale et de la connectivité, y compris la relation avec l’activité humaine et l’accessibilité;
- Le rapport sur la biodiversité (annexe A1 du Plan directeur d’aménagement), qui synthétise les données issues d’enquêtes antérieures, de publications officielles et de travaux sur le terrain, et fournit les bases scientifiques pour la cartographie et l’analyse.
Des évaluations supplémentaires des surfaces pavées, de la matérialité et de la répartition de la canopée ont été menées et ont révélé une exposition élevée à l’effet d’îlot de chaleur, perturbant à la fois la qualité écologique et le confort thermique des résidents. Ces informations ont mis en évidence des vulnérabilités clés qui allaient finalement orienter la conception :
- Des lacunes dans la connectivité écologique, notamment une répartition fragmentée et inégale de la végétation qui restreint les déplacements de la faune terrestre et aérienne, des plans d’eau isolés qui limitent les habitats aquatiques et amphibiens, ainsi qu’une activité humaine intensive et des infrastructures routières qui constituent des obstacles importants à la mobilité de la faune terrestre.
- Zones inondables/zones à haut risque d’inondation, résultant de surfaces perméables limitées et de systèmes de drainage durables (SuDS) insuffisants, tels que les zones de rétention des eaux pluviales, les jardins pluviaux et les zones d’infiltration.
- L’exposition à l’effet d’îlot de chaleur urbain, due à l’étendue des surfaces pavées et au manque de couvert forestier et de couverture végétale.
Utilisation des informations climatiques dans la prise de décision
La vision du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent a été élaborée selon une approche multidisciplinaire et multidimensionnelle, tenant compte à la fois de l’échelle du quartier et de l’échelle régionale, et axée sur la coexistence entre l’activité humaine et les systèmes écologiques dans le contexte fortement urbanisé de Saint-Laurent. Bien qu’aucune modélisation climatique spécifique n’ait été réalisée, les principes de résilience et d’adaptabilité climatiques ont été intégrés dans le cadre à long terme, et les interventions de conception se sont appuyées sur les objectifs et les projections à l’échelle de la ville, à l’image du Plan d’adaptation aux changements climatiques de l’agglomération de Montréal 2015-2020. L’approche de conception s’est également fortement appuyée sur les meilleures pratiques et les références professionnelles, telles que les cibles standard de couverture ombragée, pour déterminer si les conditions environnementales étaient suffisantes.
Bien que l’adaptation au climat n’ait pas été l’objectif initial, les stratégies visant à améliorer la qualité de vie, telles que l’augmentation de la couverture arborée, le renforcement des infrastructures vertes et l’atténuation des îlots de chaleur urbains, ont permis d’aligner les objectifs de résilience écologique et communautaire. La gestion des conditions climatiques et microclimatiques a été au cœur du Plan directeur, qui accordait la priorité à l’intensification de la couverture arborée et à la mise en place d’un réseau secondaire de végétation au niveau de la rue afin de renforcer les réseaux écologiques, d’améliorer la qualité de vie et d’atténuer la chaleur urbaine. Les interventions prévoient également des revêtements perméables et des stratégies de gestion intégrée des eaux pluviales le long des rues principales et dans les zones identifiées comme sous-performantes, afin de contribuer à une plus grande résilience climatique. Des zones de rétention végétalisées supplémentaires, des jardins pluviaux et des zones d’infiltration sont proposés pour contrôler les eaux pluviales et réduire les risques d’inondation, sur la base de projections futures indiquant une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes pluvieux. Bien que les stratégies initiales aient été élaborées à partir d’analyses qualitatives et spatiales, le cadre de mise en œuvre est prévu sur le long terme et intentionnellement adaptable, ce qui permet d’affiner et d’étendre les stratégies à mesure que les données climatiques quantitatives actualisées évoluent et deviennent plus accessibles dans la pratique.