Comprendre et évaluer les impacts
Aujourd’hui, 290 ha au sud-est du centre-ville de Toronto, dont la zone portuaire, sont exposés à un risque important de débordement de la rivière Don lors de pluies intenses ou prolongées. Ces risques sont aggravés par l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique. Le projet PLFP a été lancé afin d’atténuer ces risques. Une fois achevé, il permettra de protéger 174 ha de terre sujette aux inondations et de transformer plus de 30 ha de friches industrielles en une vallée riveraine naturalisée, dont 13 ha de milieux humides côtiers et 4 ha d’habitat terrestre.
Réconciliation et interrelation sont les thèmes centraux du projet : l’interrelation entre la terre, la rivière et le lac, et entre l’homme et la nature. Ainsi, le projet PLFP est un formidable acte de réconciliation avec les peuples autochtones concernés, et avec la terre et l’eau qui ont été profondément transformées par l’industrialisation. Cette relation renouvelée est particulièrement remarquable pour les citadins qui ont un accès limité aux espaces verts. Ce nouvel aménagement leur offre la possibilité de se rapprocher de la nature, d’améliorer leur santé et de renforcer leur socialisation dans un cadre naturel qui revêt une grande importance culturelle et historique.
Ce projet vise à restaurer la résilience naturelle du paysage, mise à mal par l’urbanisation, grâce au génie biologique et à des systèmes fondés sur la nature pour restaurer la vallée riveraine et recréer un habitat naturel. Ainsi, le projet permettra non seulement de protéger les lieux contre les inondations, mais aussi d’atténuer les effets du réchauffement climatique sur l’atmosphère urbaine en créant des microclimats naturels plus frais.
Données climatiques et prise de décision :
Les projections climatiques et les données disponibles sur le niveau des lacs et l’intensité des tempêtes ont éclairé les décisions conceptuelles. Consciente de l’augmentation des pluies centennales, l’équipe de conception a réévalué à la hausse les seuils d’élévation et intégré des marges de sécurité plus élevées. Les limites et les normes du projet ont été définies par les repères et les lignes directrices de l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région (TRCA).
La réalisation du projet PLFP sur une période de huit ans exigeait une certaine souplesse pour s’adapter aux données climatiques en constante évolution. Par exemple, pendant la phase de conception, le niveau centennal du lac a été révisé à deux reprises, notamment après les inondations de 2019. L’incertitude quant à l’impact des changements climatiques sur le niveau des Grands Lacs a incité les concepteurs à adopter une approche adaptative. Les nouvelles données climatiques ont obligé les concepteurs à revoir les systèmes et infrastructures de gestion des eaux pluviales afin de s’adapter, dans la mesure du possible, aux projections mises à jour.
Pour assurer une protection à long terme contre les inondations, on a élevé le niveau moyen des terrains portuaires d’environ 2 m dans le cadre d’une stratégie d’amélioration des sols. De plus, pour tenir compte des prévisions, l’aménagement a été conçu pour s’adapter aux conditions variables. On a, par exemple, utilisé de la poussière de roche au lieu de l’asphalte sur les sentiers pour assurer la durabilité et la fonctionnalité à long terme en cas de variation du niveau de l’eau.
L’intégration de solutions fondées sur la nature était au cœur de la stratégie, qui s’appuyait sur des données et des projections climatiques. Une stratégie de végétalisation adaptative a été retenue pour s’adapter aux migrations éventuelles de nouvelles espèces en raison du réchauffement climatique. Pour rétablir la biodiversité et les communautés écologiques indigènes, des reliefs et des canaux ont été créés dans les milieux humides. Une lisière riveraine a également été aménagée pour atténuer la température de l’eau, rafraîchir le milieu, traiter le ruissellement urbain et rétablir l’habitat faunique.