Le pouvoir des petites zones humides pour une eau propre

De 2017 à 2019, Canards Illimités Canada (CIC) et ses partenaires de conservation ont construit 75 nouvelles zones humides. De plus, ils ont remplacé des infrastructures dans le cadre de 17 projets supplémentaires de restauration de zones humides existantes dans le sud-ouest de l’Ontario afin d’améliorer la résilience des bassins hydrographiques du lac Érié dans le contexte de l’augmentation des précipitations découlant des changements climatiques. Les interactions entre les charges en polluants phosphorés provenant du ruissellement des activités agricoles et les projections en matière de changements climatiques sont complexes, mais celles-ci sont principalement attribuables aux changements prévus dans les régimes de précipitation. La hausse de la charge de nutriment dans le lac Érié, combinée à d’autres changements climatiques en Ontario, a déclenché une efflorescence d’algues nuisibles de plus en plus grave au cours de la dernière décennie, entraînant des répercussions importantes d’ordre financier, économique et social dans les communautés du bassin hydrographique du lac Érié. À la suite de la construction des zones humides, CIC a mis en œuvre un rigoureux programme de surveillance pour établir la capacité de rétention des nutriments et l’efficacité de la réduction de ceux-ci dans les zones restaurées. Les activités de surveillance indiquent que les zones humides restaurées agissent comme d’importants « puits de phosphore », la quantité de phosphore qui quitte les bassins des zones humides étant inférieure à celle qui y pénètre. La mise en œuvre de ces nouveaux projets de zones humides au sein du bassin hydrographique du lac Érié est perçue comme étant un accomplissement important contribuant aux objectifs du Plan d’action national Canada-Ontario pour le lac Érié.

Comprendre et évaluer les impacts

Au cours des deux dernières décennies, l’augmentation des précipitations découlant des changements climatiques a transporté de plus grandes quantités de nutriments provenant du ruissellement des activités agricoles dans le lac Érié. La charge de nutriment de plus en plus importante, combinée à la température plus chaude du lac, aux plus grandes concentrations de dioxyde de carbone et aux plus longues saisons de lac stratifié, a déclenché une efflorescence d’algues nuisibles de plus en plus grave. En plus de nuire aux populations de poissons, à la faune et à l’écologie du lac, l’efflorescence d’algues nuisibles entraîne d’importantes conséquences d’ordre financier, économique et social pour les entreprises, les municipalités et les communautés dans la région du bassin du lac Érié. Par exemple, tous les utilisateurs d’eau du lac Érié, y compris les municipalités qui assurent la gestion de l’approvisionnement public en eau, assument les coûts liés à la surveillance et au traitement de l’eau qui sont en hausse, en raison de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements d’efflorescence d’algues nuisibles. En 2012, l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs (ARQEGL) a été signé entre le Canada et les États-Unis (É.-U.) démontrant un engagement international à l’égard de la restauration et de la protection de l’eau dans les Grands Lacs. L’équipe binationale de l’ARQEGL a recommandé une réduction de 40 % de la charge en polluants phosphorés par rapport à 2008 afin de prévenir l’efflorescence d’algues nuisibles. De plus, l’ARQEGL a exigé que les gouvernements responsables du bassin du lac Érié élaborent un plan d’action national dans le but d’orienter les mesures à prendre pour atteindre les cibles de réduction de phosphore. En février 2018, le Plan d’action Canada-Ontario pour le lac Érié (PACOLÉ) a été publié, soulignant l’importance de la restauration des zones humides comme stratégie recommandée pour contribuer à réduire les charges en polluants phosphorés qui pénètrent dans le lac Érié.

Déterminer les actions

Le Plan d’action pour le lac Érié cerne plus de 120 mesures qui doivent être mises en œuvre par le Canada, l’Ontario et d’autres partenaires afin d’atteindre les cibles de réduction binationales de 40 % des charges en polluants phosphorés. Le rapport du PACOLÉ décrit les zones humides comme étant un élément important du patrimoine naturel en ce qui concerne la rétention et la filtration des eaux de ruissellement. Le rapport établit également les mesures prioritaires suivantes :

  • Appuyer les stratégies fondées sur les bassins hydrographiques et les zones littorales ainsi que la planification communautaire visant la réduction des charges de phosphore.
  • Mener des études afin de mieux comprendre et de prédire les impacts des changements climatiques sur l’écosystème du lac Érié.

Étant donné les taux de perte de zones humides de plus de 85 % dans de nombreux comtés du sud-ouest de l’Ontario, la restauration des zones humides peut jouer un rôle important dans la rétention de charges diffuses de phosphore sur le paysage. Un climat changeant augmente le risque de perte de phosphore et la nécessité de sélectionner de multiples pratiques de gestion exemplaires pour chaque site afin de maximiser leur efficacité selon des conditions variables. La base de connaissances actuelle concernant ces pratiques et leurs effets collectifs doit être mise à jour à mesure que les changements climatiques progressent, conformément à une approche de gestion adaptative. CIC est un chef de file en matière de conservation et de restauration des zones humides au Canada.

En 2017, CIC, en partenariat avec huit autres groupes de conservation, a cerné des possibilités de restauration de zones humides au sein du bassin hydrographique du lac Érié. Ensemble, ils ont établi un programme de surveillance afin de déterminer la capacité de rétention de nutriments et l’efficacité de réduction de nutriments dans ces systèmes restaurés. Ces possibilités de restauration provenaient directement des propriétaires de terrains ayant communiqué avec CIC ou un partenaire de conservation; sinon, elles ont été cernées dans le cadre d’un autre projet mis en œuvre sur la propriété, notamment des travaux municipaux de drainage, des pratiques de gestion exemplaires touchant les activités agricoles ou d’autres activités de gestion. Toutes les possibilités de projets ont d’abord été évaluées à l’aide d’outils informatiques du SIG afin de déterminer si une visite sur le terrain était justifiée. CIC a cerné 17 projets nécessitant le remplacement de l’infrastructure existante selon les inspections d’ingénierie et les commentaires de propriétaires.

Mise en oeuvre

La restauration des zones humides dans le bassin hydrographique du lac Érié appuie les recommandations du Plan d’action national pour le lac Érié liées à la réduction des sources diffuses de pollution qui nuisent à la qualité de l’eau du lac Érié. Grâce à un financement d’Infrastructure Canada et du ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, la somme de 1 300 000 $ a été versée pour deux sous-composants de ce projet. Entre 2017 et 2019, 75 nouvelles zones humides ont été construites (69 dans le bassin hydrographique du lac Érié) et les infrastructures ont été remplacées dans le cadre de 17 projets supplémentaires de restauration de zones humides existantes dans le bassin hydrographique du lac Érié. Les nouveaux projets de zones humides visent des sites de différentes tailles, allant de 0,1 ha (0,3 acre) à 9,5 ha (23,4 acres) d’habitats de zones humides restaurés. Outre la valeur des zones humides restaurées, ces projets sont importants en raison de leur capacité à sécuriser et à protéger d’autres zones humides existantes ainsi que des milieux secs adjacents en vertu d’un accord de conservation, menant souvent à des possibilités de gestion supplémentaires.

En plus de constituer un habitat sain pour la sauvagine, ces nouvelles zones humides offrent une multitude de bienfaits écologiques additionnels au paysage, notamment en contribuant à améliorer la qualité des eaux de surface dans le sud de l’Ontario. Un programme de surveillance a été établi pour déterminer à quel point ces zones humides restaurées ont le potentiel de réduire les charges en polluants phosphorés qui pénètrent dans les cours d’eau et les rivières dans l’ensemble du paysage fonctionnel du sud-ouest de l’Ontario et, ultimement, de réduire ces mêmes charges dans le lac Érié.

Résultats et suivi des progrès

L’Institut pour la recherche sur les terres humides et la sauvagine (IRTHS) de CIC a mis en œuvre le protocole normalisé de surveillance des zones humides pour une année hydrologique commençant le 1er octobre 2018 dans le but d’évaluer la capacité des zones humides nouvellement restaurées à assurer la rétention des nutriments et à réduire la pollution diffuse de nutriments dans le sud-ouest de l’Ontario. Cette opération a été répétée pour une deuxième année hydrologique de surveillance en 2021. Les résultats provenant des deux années d’études démontrent que les petites zones humides nouvellement restaurées sont des puits efficaces de phosphore et de nitrogène sous forme totale et dissoute, y compris le phosphore réactif soluble.

  • Les résultats indiquent que les zones humides restaurées agissent comme « puits de phosphore », la quantité de phosphore qui quitte les bassins des zones humides étant inférieure à celle qui y pénètre.
  • La capacité moyenne de rétention des zones humides en ce qui concerne le phosphore a été établie à 11,7 kg par hectare par année, avec une moyenne globale d’efficacité de réduction de 46 %.
  • L’ensemble des huit zones humides ont capté de manière efficace le phosphore réactif soluble (PRS), la forme de phosphore qui est considérée comme étant la plus problématique pour la qualité de l’eau dans le lac Érié, avec une moyenne de capacité de rétention du PRS de 4,8 kg par hectare par année et une efficacité de réduction de 60 %.
  • On a constaté que les zones humides restaurées jouaient un rôle de rétention de nutriments tout au long des quatre saisons, ce qui indique que les zones humides restaurées peuvent s’avérer efficaces pour réduire la pénétration des sources diffuses de nutriments dans le lac Érié.

Prochaine(s) étape(s)

Tout au long de ces travaux, CIC et ses nombreux partenaires de conservation ont réalisé des progrès importants favorisant un changement systémique de l’approche vers la conservation des zones humides à l’échelle du bassin hydrographique, soit une solution naturelle qui sera de plus en plus nécessaire dans la région des Grands Lacs et ailleurs. Le personnel scientifique de CIC continue d’étudier les impacts potentiels des changements climatiques et de planifier en conséquence pour s’assurer que les objectifs de gestion des zones humides et de la sauvagine sont atteints, et que les efforts en matière de politiques visant à réduire les risques associés aux changements climatiques et à améliorer la résilience et le développement durable de la faune et des habitats sont déployés.

Ressources