Projet De bons voisins

En 2022, la ville du Grand Sudbury, avec le soutien d’ICLEI Canada, a lancé le projet De bons voisins dans les quartiers vulnérables aux vagues de chaleur, aux inondations, aux refoulements d’égouts et aux pannes d’électricité. L’objectif de ce projet était de renforcer la résilience climatique de la communauté par la mise en œuvre de mesures d’adaptation au climat menées par les voisins, notamment la plantation d’arbres, et l’installation de jardins de pluie, d’endroits ombragés où s’asseoir et de stations d’approvisionnement en eau. Le Grand Sudbury est la plus grande ville du nord de l’Ontario, connue pour son leadership dans l’exploitation du nickel et d’autres industries minières. La ville abrite une population de plus de 166 000 personnes résidant autour de 330 lacs. Au cours des dernières décennies, en raison des changements climatiques, la ville a connu une hausse des températures, entraînant une augmentation des vagues de chaleur, des changements dans les précipitations à l’origine de fortes pluies, et une augmentation des tempêtes entraînant des dommages aux infrastructures. Afin d’accroître la résilience de la communauté face aux changements climatiques, la ville du Grand Sudbury s’est jointe au programme Advancing Adaptation en 2022, dirigé par ICLEI Canada. Dans le cadre de ce programme, le Grand Sudbury a lancé le projet De bons voisins, qui s’est concentré sur la mise en œuvre de mesures d’adaptation axées sur la communauté sur une période de deux ans. Avec le soutien participatif de la ville, les habitants se sont informés sur les changements climatiques et ont sélectionné et mis en œuvre des mesures d’adaptation. Les projets comprenaient la réduction des risques d’inondation par la plantation d’arbres près du ruisseau Creek, la redirection des eaux de pluie du parc Lively de Walden grâce à des extensions de gouttières menant à une citerne pluviale et à un jardin de pluie installés par la communauté, ainsi que des mesures de santé liées à la chaleur dans le quartier du Moulin à farine par l’installation d’une station d’approvisionnement en eau, de porte-parasols et la distribution de bouteilles d’eau réutilisables. La réussite du projet De bons voisins démontre l’effet positif de l’action climatique locale sur la résilience des collectivités et sa capacité à influencer d’autres quartiers pour qu’ils deviennent plus résilients face aux effets des changements climatiques.

Comprendre et évaluer les impacts

Au cours des dernières décennies, le Grand Sudbury a connu une hausse des températures, des changements dans les précipitations et des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des inondations. Ces événements ont eu des répercussions importantes sur les infrastructures, l’économie et la société, soulignant la nécessité de se préparer. Pour comprendre les vulnérabilités futures, le Grand Sudbury s’est référé au rapport sur la science du climat de 2016 d’ICLEI Canada. Le rapport se fondait sur deux scénarios du quatrième rapport d’évaluation du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (AR4), un scénario d’émissions élevées (A2) et un scénario d’émissions faibles (B1) pour prévoir les changements climatiques futurs dans la région, notamment l’augmentation du nombre de journées chaudes supérieures à 30 °C, les changements dans la qualité de l’eau et les précipitations extrêmes. Les changements de niveau d’eau dans les lacs du Grand Sudbury, en raison de leur appartenance au réseau des Grands Lacs, pourraient entraîner une diminution de la couverture de glace, une baisse des précipitations et une hausse des températures, ce qui influerait sur le niveau et la qualité de l’eau. Les données présentées dans ce rapport se fondent sur des modèles climatiques mondiaux et des scénarios d’émissions définis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), élaborés à partir des publications du quatrième rapport d’évaluation (AR4) et du cinquième rapport d’évaluation (AR5) du GIEC. Les données sur l’évolution des températures et des précipitations ont également été élaborées à l’aide de l’outil Données et scénarios climatiques canadiens (DSCC) d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), qui fournit des renseignements provenant de stations météorologiques situées à proximité.

De plus, les données de l’Atlas climatique du Canada et de Donneesclimatiques.ca ont été utilisées dans diverses présentations pour décrire les changements prévus dans le Grand Sudbury en ce qui concerne la température annuelle moyenne, les journées au-dessus de 30 °C, la dernière date de gel printanier et les précipitations annuelles moyennes pour les périodes 2021-2050 et 2051-2080. L’accès aux données climatiques locales a été important pour ce projet, car il a permis de démontrer le changement local, ce qui a motivé les membres de la communauté à participer et à prendre des mesures. Ces données ont également été incluses dans les présentations au conseil municipal, accompagnées d’extraits de reportages locaux, afin d’encourager l’adhésion et de faire comprendre les avantages de la création d’une communauté résiliente.

Une liste de 11 énoncés de répercussions déterminés grâce à un exercice d’évaluation de la vulnérabilité et des risques réalisé lors de l’atelier de formation des facilitateurs d’ICLEI tenu en 2017 a été présentée à divers intervenants, notamment les réseaux d’action communautaire, le personnel municipal de la Santé publique de Sudbury et des quartiers, les services d’égout et des eaux usées, la gestion des urgences, les sociétés de services publics, le comité d’intendance du ruisseau Junction et la Commission de Conservation du District du Nickel. Le Grand Sudbury a également pris en compte les renseignements relatifs à la topographie locale (p. ex., les collectivités situées dans les plaines d’inondation), ainsi que les données socioéconomiques (p. ex., les données démographiques) afin de déterminer les quartiers cibles et leurs effets associés. Il s’agit notamment de vagues de chaleur au parc Claude Charbonneau dans le quartier du Moulin à farine, d’inondations de sous-sols au Lively Playground à Walden, et d’inondations causant des dommages à l’infrastructure du ruisseau Junction.

Déterminer les actions

Afin de mieux faire connaître l’initiative De bons voisins et de cerner les responsables communautaires, ou les « champions du projet De bons voisins », le Grand Sudbury a organisé une série d’activités de mobilisation des intervenants dans les bibliothèques et les centres communautaires locaux. La ville a invité des groupes de bénévoles locaux et des résidents à assister à une présentation sur les répercussions précises des changements climatiques auxquels leurs quartiers sont confrontés, ainsi que des exemples de mesures d’adaptation potentielles.

Dans un premier temps, la ville s’est heurtée à une certaine résistance de la part du public. Pour une communauté, l’utilisation du terme « inondation » a suscité des inquiétudes au sujet d’une grande rivière en crue chaque année, ce qui n’entrait pas dans le champ d’application du projet. L’équipe du projet a modifié l’objectif pour s’attaquer au problème des « inondations des sous-sols grâce à la gestion domestique des eaux de ruissellement », ce qui a trouvé un écho auprès de nombreux habitants et a permis d’obtenir leur soutien. Deuxièmement, le public perçoit la ville comme responsable des problèmes liés aux inondations. Pour les informer sur le rôle des changements climatiques, la ville a présenté des données sur la science des changements climatiques, les changements prévus en matière de température et de précipitations, l’atténuation, les mesures d’adaptation et l’importance de la résilience des quartiers. L’intégration d’un élément de sensibilisation et de développement des connaissances dans les activités de sensibilisation communautaire s’est avérée être une approche efficace pour accroître les connaissances des résidents locaux sur les changements climatiques et les motiver à agir.

Dans le cadre d’activités de mobilisation, trois réseaux communautaires (Walden CAN, Flour Mill CAN et le comité d’intendance du ruisseau Junction) se sont portés volontaires pour diriger des projets. Ils ont examiné une liste de mesures d’adaptation proposées par la ville, en tenant compte du contexte local, des capacités de la communauté, de l’acceptabilité par le public, des mesures en cours et de la faisabilité financière. À l’aide d’une matrice d’évaluation, ils ont noté les mesures en fonction de leur durabilité, de leur efficacité, de leur risque et de leur incertitude, de leurs possibilités et des considérations relatives à leur mise en œuvre, en tenant compte des compromis entre les différentes options. Les résultats de cet exercice ont été utilisés pour éclairer le choix des actions, mais au final, les mesures ont été choisies par les responsables communautaires. Un exemple d’influence locale a été le choix d’éléments d’adaptation dans les espaces publics moins susceptibles d’être vandalisés, ce qui répond à une préoccupation courante. À un endroit, une citerne pluviale a été entourée de chaînes et de lourdes pierres ont été placées à l’intérieur pour en dissuader le vol dans le parc. Dans un autre lieu, les membres de la communauté ont accepté d’aider à contrôler l’utilisation d’une tente éphémère afin qu’elle puisse être empruntée pour une courte durée, mais qu’elle ne reste pas à l’extérieur.

Mise en oeuvre

Après avoir examiné les mesures d’adaptation proposées, les groupes communautaires du Grand Sudbury ont choisi des mesures adaptées à leurs besoins et à leurs capacités. Dans le parc Claude Charbonneau, Flour Mill CAN s’est attaqué à la chaleur extrême en installant un système de brumisation et de refroidissement de l’eau ainsi qu’une station d’approvisionnement en eau, et en distribuant aux élèves des écoles locales des bouteilles d’eau réutilisables et des parasols portant l’inscription « Keepin’ chill in the Flour Mill/Combattre la chaleur dans le Moulin à farine ». Il a également ajouté une tente éphémère et une table de pique-nique avec porte-parasol pour faire de l’ombre. Pour lutter contre les inondations de sous-sols causées par l’écoulement des eaux de ruissellement au Lively Playground, Lively CAN a installé des gouttières vers le pavillon du parc qui sont reliées à une citerne pluviale et s’écoulent dans un jardin de pluie que le groupe a planté. Cette mesure a permis de promouvoir les avantages de la déconnexion des descentes de gouttières et des méthodes pour utiliser l’eau de pluie récupérée pour le jardinage et d’autres usages. Lors d’un événement public, Lively CAN a distribué des rallonges de gouttières et a organisé une tombola pour le financement d’une citerne pluviale. À l’Arboretum du Moulin à farine, le long du ruisseau Junction, le comité d’intendance du ruisseau Junction s’est concentré sur la restauration des rives, la plantation d’arbres et d’arbustes indigènes, et l’installation de protections contre les castors. Il a présenté un exposé sur les changements climatiques à un groupe local de jeunes et a organisé quelques événements de plantation d’arbres et d’arbustes pour la communauté. En outre, la ville a soutenu l’installation d’une station d’approvisionnement en eau dans le parc Morel Family Foundation pour aider les membres de la communauté à s’hydrater pendant les mois chauds de l’été. Enfin, un aimant « De bons voisins » a été distribué dans tous les quartiers. Les propriétaires sont encouragés à inscrire les coordonnées de leurs voisins dans les cases vides de l’aimant afin de pouvoir communiquer facilement avec eux en cas de panne d’électricité, de vague de chaleur ou de pénurie d’eau.

Bien que toutes les mesures aient été menées à bien, des difficultés de mise en œuvre sont apparues en raison de l’obtention d’autorisations pour les travaux sur les propriétés de la ville et de retards dans les services de localisation des services publics. Pour résoudre ces problèmes à l’avenir, la ville recommande de communiquer rapidement avec les entreprises de services publics et tous les services concernés lors de la planification du projet. Des contraintes de financement ont limité la capacité à recevoir des autorisations pour certaines structures d’ombrage nécessitant une base en ciment. Pour éviter les coûts et les restrictions, les membres de la communauté ont soudé de manière créative des porte-parasols aux bancs existants et ont accepté de gérer une table de pique-nique pliante avec un parasol et une tente éphémère qui seront apportés et retirés du bâtiment de l’aire de jeux en fonction des besoins. La ville recommande d’étudier des solutions rentables dès le début de la planification du projet.

Programme de résilience au changement climatique De bons voisins

Le Flour Mill Community Action Network a distribué des bouteilles d'eau réutilisables et des parasols aux élèves des écoles locales, avec le slogan " Keepin' chill in the Flour Mill/Combattre la chaleur dans le Moulin à fleur " (Ville du Grand Sudbury, 2023).

Image of a sustainable urban rainwater management project in the City of Vancouver. The schematic includes incorporation of greenscaping as a way of not only beautifying the streetscape, but also to provide functional purposes such as rainwater management and small areas of habitat refugia. The image shows the integration of sustainable design with climate adaptation actions. Specific foci are on the inclusion of more city street trees, native plants, areas for pollinators, rain gardens, and the creation of common spaces for gathering.
Programme de résilience au changement climatique De bons voisins

Pour gérer l'écoulement des eaux pluviales, le Lively Community Action Network a planté un jardin pluvial au terrain de jeu de Lively (Grand Sudbury, 2023).

Image of a sustainable urban rainwater management project in the City of Vancouver. The schematic includes incorporation of greenscaping as a way of not only beautifying the streetscape, but also to provide functional purposes such as rainwater management and small areas of habitat refugia. The image shows the integration of sustainable design with climate adaptation actions. Specific foci are on the inclusion of more city street trees, native plants, areas for pollinators, rain gardens, and the creation of common spaces for gathering.

Résultats et suivi des progrès

L’initiative De bons voisins démontre de manière unique que les membres de la communauté jouent un rôle important dans la résilience climatique de la communauté. Le projet souligne que les propriétaires et les résidents détiennent des connaissances précieuses sur la manière dont les changements climatiques affectent leurs communautés, ce qui rend leurs points de vue essentiels pour choisir les mesures d’adaptation appropriées à leur contexte local. Le projet visait à bénéficier à la fois aux résidents locaux et à la communauté dans son ensemble en améliorant progressivement un quartier à la fois pour qu’il devienne plus résilient aux effets des changements climatiques. À l’origine, le projet prévoyait des travaux à deux sites, mais en raison du grand intérêt de la communauté, quatre quartiers au total ont réalisé des projets d’adaptation. L’aimant « De bons voisins » a remporté un franc succès. La conception a été si populaire que d’autres villes ont demandé à l’utiliser. La ville prévoit distribuer ces aimants lors de tous les événements prévus et de les fournir aux organisations qui travaillent avec des populations vulnérables, comme les Autochtones, les jeunes, les personnes âgées et les résidents à faible revenu. Pour assurer le suivi de la réussite de ce travail, la ville effectuera des visites régulières sur site afin d’en évaluer l’utilisation. Toutefois, c’est aux responsables communautaires qu’il incombe en dernier ressort de s’assurer que le matériel est en bon état de fonctionnement et de procéder aux modifications nécessaires. La ville cherche des conseils et un soutien supplémentaires pour assurer un suivi efficace des progrès, en particulier dans le cadre d’initiatives menées par les voisins comme De bons voisins.

Prochaines étapes

Les groupes communautaires et la ville continueront à mobiliser les membres de la communauté pour les sensibiliser aux effets des changements climatiques, aux mesures d’adaptation prises par les voisins et aux moyens de contribuer à la création de quartiers plus sains et plus résilients. En particulier, les groupes communautaires continueront à impliquer les jeunes et les membres du public dans les activités qui se déroulent sur le site des mesures d’adaptation mises en œuvre, afin de créer un sentiment de communauté, d’appropriation et de fierté : un effort qui peut aider à surmonter les problèmes de vandalisme.

Le Grand Sudbury reconnaît que les quartiers du Grand Sudbury auraient avantage à entreprendre leur propre projet. Le quatrième volet du projet De bons voisins consistait à installer une station d’approvisionnement en eau sur un terrain de jeu très fréquenté, mais le temps n’a pas permis de mobiliser les groupes du quartier. Une mobilisation du quartier est prévue pour 2023.

La ville prévoit encourager d’autres quartiers à agir en promouvant les sites existants auprès d’autres quartiers au moyen de panneaux et en organisant des séances d’information. L’équipe du projet croit qu’il est possible de continuer à réaliser des projets en segments plus petits au fil du temps dans les quartiers du Grand Sudbury. En utilisant les fonds limités disponibles dans le budget municipal, l’équipe du projet continuera à chercher le soutien des politiciens locaux, des entreprises et des groupes communautaires qui sont des acteurs importants du changement.

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