Faire face aux impacts des feux de forêt sur la santé dans les Territoires du Nord-Ouest

En 2020, une équipe dirigée par la Dre Courtney Howard, médecin de Yellowknife, et soutenue par l’ONGE Ecology North, basée à Yellowknife, ainsi que par des chercheurs de l’Université de Waterloo, a mené à bien un projet intitulé Summer of Smoke (SOS) et a publié des rapports qualitatifs et quantitatifs décrivant les effets des grands feux de forêt dans les Territoires du Nord-Ouest sur les citoyens, ainsi que les mesures pratiques qui peuvent être prises, comme l’amélioration de la communication entre les organismes de santé publique et le public. Le rapport qualitatif, intitulé Lived experience of a record wildfire season in the Northwest Territories, Canada (expérience vécue d’une saison record de feux de forêt dans les Territoires du Nord-Ouest, au Canada), examine l’expérience vécue par divers membres de la collectivité dans quatre endroits des Territoires du Nord-Ouest (Yellowknife, N’Dilo, Detah et Kakisa) après la saison des feux de forêt de l’été 2014. Si personne n’a été directement blessé par les feux de forêt, on a constaté que l’épaisse fumée a eu des effets majeurs sur les moyens de subsistance, la santé mentale et la santé physique. Après un examen approfondi des thèmes soulevés par les différentes entrevues semi-structurées menées sur les quatre sites, le rapport indique des recommandations de changement afin de renforcer la résilience des collectivités aux futurs événements. Ces recommandations comprennent une meilleure coordination de l’éducation communautaire, un plus grand degré de communication entre les organismes de santé publique et le public ainsi que des initiatives d’adaptation inclusives. L’étude quantitative intitulée SOS! Summer of Smoke : une étude des cohortes rétrospective examinant les impacts cardiorespiratoires d’une saison de feux de forêt grave et prolongée dans le haut-subarctique du Canada, a été publiée 2 ans après l’événement qualitatif, et elle détaille l’augmentation des cas de visites à l’hôpital, de visites de soins primaires et de délivrance de médicaments liés à des maladies respiratoires après l’événement de feux de forêt de 2014. Cela a conduit les auteurs à recommander une série de mesures d’atténuation et d’adaptation pour réduire les effets négatifs sur la santé de périodes prolongées d’exposition à une mauvaise qualité de l’air due à des incendies de forêt.

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Comprendre et évaluer les impacts

Les études quantitatives et qualitatives du projet SOS adoptent naturellement des approches différentes pour comprendre les impacts de la saison des feux de forêt de 2014 aux Territoires du Nord-Ouest. Le rapport qualitatif de l’étude SOS a utilisé un cadre de vulnérabilité à trois volets afin de comprendre les impacts de la fumée des feux de forêt sur quatre collectivités des Territoires du Nord-Ouest. Le cadre comprend des considérations liées à l’exposition, à la sensibilité et à la capacité d’adaptation. Dans le cas présent, l’exposition fait référence à des résultats sanitaires précis liés aux incendies de forêt; la sensibilité tient compte de la capacité de toutes les parties concernées à faire face à la gravité des expositions; enfin, la capacité d’adaptation fait référence à la préparation, à l’approche et à la capacité d’adaptation de tous les acteurs aux effets sur la santé et les moyens de subsistance associés aux incendies de forêt et à la fumée. Le cadre susmentionné a été appliqué à une série d’entrevues semi-structurées menées par l’équipe de recherche avec des coordonnateurs des collectivités. Ces entrevues ont eu pour effet de mettre en lumière les innombrables façons dont la population a été affectée par les périodes prolongées de forte fumée. Il s’agit notamment de sentiments d’isolement et de limitations des pratiques traditionnelles. La recherche quantitative a utilisé des données sur la qualité de l’air des étés 2012 et 2013 comme base de référence pour les comparer à celles de 2014. En particulier, l’étude s’est concentrée sur les niveaux de PM2,5 – matières particulaires fines en suspension connues pour provoquer des problèmes respiratoires en cas d’inhalation – sur plusieurs durées. L’étude a également pris en compte les renseignements relatifs aux visites à l’hôpital de l’hôpital territorial de Stanton, les taux de dispensation de médicaments respiratoires (salbumatol), ainsi que le nombre de visites de soins primaires au cours d’une saison donnée de feux de forêt. Une augmentation des besoins en médicaments respiratoires ainsi qu’un accès plus fréquent à des soins médicaux pour des difficultés respiratoires ont été observés lors de l’événement de 2014. Le rapport prévoit que de tels records d’incendies de forêt persisteront à l’avenir et deviendront moins anormaux.

Déterminer les actions

Bien que la phase de planification soit quelque peu informelle dans le cas de l’étude qualitative, les mesures ont été inspirées par les réponses données tout au long des entrevues semi-structurées susmentionnées, qui ont ensuite été saisies dans un logiciel appelé QSR NVivo 11. Comme mentionné, des recherches ont été menées, et des renseignements ont été recueillis pour le rapport qualitatif en utilisant un cadre de vulnérabilité qui met en évidence des considérations liées à la sensibilité, à l’exposition et à la capacité d’adaptation. Le progiciel a organisé les renseignements des entrevues en fonction de thèmes convenus au préalable. Après avoir traité les renseignements par le logiciel, de nouveaux thèmes, générés par le logiciel, ont été examinés en consultant les intervenants concernés. Ces thèmes ont permis d’organiser systématiquement les renseignements qualitatifs fournis tout au long des entrevues et de clarifier les principaux points de préoccupation des citoyens ainsi que de relever les lacunes des services. L’analyse des thèmes a permis de déterminer des mesures potentielles telles que l’introduction de mesures de planification adaptative plus complètes et plus claires (c.-à-d. des initiatives privées de débroussaillage et de nettoyage de la végétation faisant l’objet d’une bonne promotion), une meilleure communication de la part des organismes de santé publique quant aux risques associés aux feux de forêt et à la fumée, par exemple au moyen d’initiatives d’éducation publique accessibles et de prévisions de la fumée, ainsi que la reconnaissance de l’importance et de l’incorporation des considérations liées à l’attachement aux lieux dans la planification adaptative future. Grâce à leur étude des concentrations de matières particulaires de référence (2012-2013) et de 2014, l’étude quantitative SOS a révélé que les concentrations observées en 2014 (jusqu’à cinq fois plus élevées que les années précédentes) auraient des effets négatifs sur la qualité de l’air intérieur. En outre, les personnes interrogées dans le cadre de l’étude qualitative ont exprimé l’importance de la préparation pendant ces événements afin de réduire l’anxiété et d’accroître la sécurité. Pour ces raisons, l’étude quantitative a recommandé de prendre des mesures pour améliorer la qualité de l’air intérieur ainsi que la distribution proactive de médicaments pour soulager l’asthme chez les populations vulnérables.

Résultats et suivi des progrès

Bien que les mesures relevées par les rapports quantitatifs et qualitatifs de l’étude SOS n’aient pas été mises en œuvre pour la plupart, la réponse la plus importante au rapport se présente sous la forme d’un document publié par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest intitulé : Smoke Exposure from Wildfire: Guidelines for Protecting Community Health and Wellbeing. Ce document est une réponse directe à la saison anormalement aiguë des feux de forêt de 2014 dans les Territoires du Nord-Ouest. Le document fournit des conseils pratiques aux organismes de santé publique ainsi qu’aux organisations de surveillance et d’intervention d’urgence. Bien que la ligne directrice reconnaisse le travail effectué par le projet SOS, elle a été publiée avant la publication du projet SOS et n’aborde donc pas directement les mesures déterminées. Bien que cette ligne directrice fournisse des conseils et une certaine clarification aux groupes de santé publique et d’intervention d’urgence, elle n’indique pas comment ces renseignements atteindront ceux qui en ont besoin ou comment les améliorations des systèmes de réponse aux incendies de forêt seront financées. En ce qui a trait aux avantages complémentaires, le rapport qualitatif de l’étude SOS a également renforcé l’importance des pratiques communautaires et traditionnelles par l’entremise de ses conclusions, en plus de fournir des conseils pratiques sur les mesures d’adaptation. Cela dit, les changements généralisés au système d’intervention en cas de feu de forêt dans les Territoires du Nord-Ouest pourraient être lents à se concrétiser. Cela peut être dû en partie au langage utilisé dans la ligne directrice qui désigne fermement les graves incendies de forêt comme un événement rare et peut donc réduire l’urgence du changement. D’autres renseignements tirés du rapport quantitatif de l’étude SOS soulignent que l’immigration et l’émigration des populations pendant les grands incendies de forêt peuvent avoir un effet sur l’exactitude du nombre déclaré de personnes touchées. Toutefois, en raison des changements importants dans les cas de délivrance de médicaments pour les maladies respiratoires (augmentation de 48 % pendant l’été 2014) et d’autres variables, les effets généraux peuvent être déterminés avec un degré élevé de certitude.

Prochaine(s) étape(s)

Les prochaines étapes les plus évidentes de l’étude de cas consistent à mettre en œuvre les mesures relevées par les rapports quantitatifs et qualitatifs, ainsi qu’à trouver des moyens de rendre opérationnelles les suggestions fournies par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Les mesures relevées par le rapport qualitatif visent à traiter les effets des incendies de forêt et de la fumée avant, pendant et après les incendies de forêt, par la préparation, la communication et la consultation. Le rapport quantitatif suggère la prescription d’inhalateurs préventifs, le cas échéant, ainsi que l’amélioration des systèmes de ventilation pour les personnes devant rester à l’intérieur pendant de longues périodes durant des incendies et des événements de fumée. Les renseignements contenus dans la ligne directrice (Smoke Exposure from Wildfire: Guidelines for Protecting Community), y compris l’aperçu de la nature de la contamination de l’air, devraient être diffusés auprès du public en préparation d’événements futurs. Les renseignements relatifs aux améliorations opérationnelles dans le cadre de la ligne directrice doivent être largement distribués aux organismes de santé publique et d’intervention d’urgence de la région afin d’améliorer la préparation. Cependant, ces renseignements doivent également être associés à un financement afin d’assurer la mise en œuvre. Les insuffisances budgétaires sont actuellement prévalentes en ce qui concerne les interventions d’urgence en cas d’incendies de forêt dans les Territoires du Nord-Ouest, car les budgets ne prévoient pas des incendies de forêt de l’ampleur décrite dans cette étude de cas. Par conséquent, les questions budgétaires s’avéreront être un obstacle majeur aux prochaines étapes. L’itération sera probablement nécessaire à mesure que l’on comprendra mieux la nature des effets sur la santé liés aux incendies de forêt.

Ressources

Lien vers l’étude de cas complète (en anglais seulement)

Ressources supplémentaires :