Vision à double perspective des camps de recherche interculturels

On prévoit que les changements climatiques toucheront les Territoires du Nord-Ouest (TNO) plus durement que d’autres régions du Canada. Cela menacera la santé, la sécurité et la sécurité alimentaire des communautés autochtones vivant dans le Nord, dont les Sahtús, qui se sont tournés vers les connaissances traditionnelles communautaires, les recherches scientifiques et les forums de discussions comme pierre angulaire de la prise de décisions concernant les mesures à prendre dans le contexte des changements climatiques. Le Sahtú est une région de 280 238 kilomètres carrés, soit environ la taille de l’Équateur et il recèle sans doute le paysage le plus diversifié sur le plan écologique de l’Amérique du Nord. La région du Sahtú compte cinq collectivités : Délı̨nę, K’áhbamı̨túé (lac Colville), Rádelı̨hkǫ́ (Fort Good Hope), Tulita (Tulít’a) et Tɬegó̜hɬı̨ (Norman Wells). Le Sahtú compte 2 500 habitants, dont environ 1 800 ou 70 % sont Dénés ou Métis. Les Dénés et les Métis du Sahtú sont des personnes résilientes qui se sont adaptées avec succès à des changements considérables sur le plan environnemental, culturel et socioéconomique tout au long de leur histoire. Même si les changements climatiques occasionnent de nouveaux défis importants à relever, les communautés se tournent vers les connaissances traditionnelles communautaires, les recherches scientifiques et les forums de discussions depuis 2018, sous forme de camps interculturels sur les terres pour créer des occasions d’apprentissage et de partage dans l’ensemble des cultures, des générations et des systèmes de connaissances. Cette étude de cas explique comment cette stratégie a réussi à créer des espaces sécuritaires d’apprentissage à l’égard des changements découlant des changements climatiques que tous constatent sur les terres.

Comprendre et évaluer les impacts

Les changements climatiques toucheront les Territoires du Nord-Ouest (TNO) plus durement que d’autres régions du Canada. Le nord des TNO s’est réchauffé plus rapidement que le reste de l’Amérique du Nord et que la moyenne mondiale au cours des 50 dernières années. Les scientifiques prévoient une hausse de la température moyenne de l’ordre de 4 à 8 degrés d’ici 2050. Le climat changeant menace la santé, la sécurité et la sécurité alimentaire des communautés autochtones, dont les Sahtus. Toute recherche menée dans la région du Sahtu devrait respecter les priorités de recherche établies par les collectivités et appuyer le leadership communautaire et la participation au projet de recherche. Ce principe voulant que toute recherche soit dirigée par la communauté a mené à la création du forum Nę K’ǝ Dene Ts’ı̨lı̨ (vivre sur la terre), un nom éloquent qui met l’accent sur le lien intégral entre la gestion des terres ainsi que l’identité et le mieux-être des Dénés et des Métis.

L’Office des ressources renouvelables du Sahtu est l’un de trois conseils de cogestion créés dans le cadre de l’accord sur les revendications territoriales du Sahtu pour une sage gestion des terres. L’Office, en collaboration avec d’autres partenaires, a utilisé le forum Nę K’ǝ Dene Ts’ı̨lı̨ pour contribuer à définir les priorités de recherche communautaires et régionales, ainsi que la direction locale et régionale de recherche. La véritable dimension de la vie sur les terres est liée au forum, que l’Office des ressources renouvelables du Sahtu a nommé « camps de recherche interculturels ». Ces camps adoptent un format semblable à celui du forum, mais ils se déroulent sur les terres. Le modèle vise à offrir des expériences interactives grâce à des pratiques et à des dialogues sur les terres avec les gardiens du savoir traditionnel, combinées aux recherches scientifiques ainsi qu’aux techniques et méthodes de surveillance. Cette « vision à double perspective », comme on l’appelle parfois, rend les discussions et les décisions beaucoup plus pertinentes et enrichissantes en ce qui concerne la gestion des terres, les changements climatiques et les liens que les collectivités entretiennent avec ces aspects.

Déterminer les actions

Les camps de recherche interculturels dont nous avons fait mention dans la section ci-dessus se composent de participants provenant de multiples générations ainsi que de multiples contextes culturels et universitaires, et systèmes de connaissances. Cette intégration permet d’adopter des approches appropriées sur le plan culturel et holistique qui renforcent le leadership environnemental. Elle permet également d’honorer, de favoriser et de mobiliser le savoir autochtone, tout en veillant à soutenir et à faire participer les unités familiales, y compris les jeunes. Enfin, cette intégration crée des occasions de soutenir le mieux-être des Dénés et des Métis, la gestion des terres et le perfectionnement professionnel.

Le principal objectif des camps consiste à créer un environnement où l’apprentissage fondé sur l’expérience sur les terres contribue à simplifier la coproduction du savoir qui est ancré dans les connaissances et les expériences traditionnelles des membres de la communauté. Les membres de la communauté, les chercheurs et les partenaires utilisent le temps passé sur les terres pour mieux intégrer les initiatives de recherche actuelles et à venir; pour établir les besoins en matière de capacités et de recherche; et pour appuyer des projets de recherche nouveaux et novateurs afin d’aborder les besoins dans la région du Sahtu. La nature collaborative des activités des camps est conçue pour ajouter de la valeur à la recherche et pour encourager les discussions ouvertes et le partage de connaissances entre les membres de la communauté et les chercheurs.

L’Office des ressources renouvelables du Sahtu organise ces types de camps depuis près d’une décennie et il continue d’apprendre comment les améliorer chaque fois pour favoriser un meilleur apprentissage chez les participants, une plus grande autodétermination de la part des communautés du Sahtu et, tout simplement, pour trouver des moyens plus efficaces de partager, de communiquer, de vivre et de travailler ensemble sur les terres.

Mise en oeuvre

Il existe plusieurs exemples de camps interculturels qui ont été organisés, notamment : 1) L’expérience scolaire Dene Ts’ıl̨ı̨ : vers un réseau jeunesse à Sahtu; 2) Camps du savoir sur l’eau : renforcement des capacités en matière de connaissances interculturelles sur l’eau, de recherche et de surveillance environnementale; et 3) Projet de suivi du changement. Chacun de ces camps a amélioré l’occasion d’apprentissage au sujet des terres et des liens avec la culture traditionnelle. L’accent ici sera mis sur l’expérience scolaire Dene Ts’ıl̨ı̨ : vers un réseau jeunesse à Sahtu. Pour en apprendre davantage au sujet des expériences et des résultats d’autres camps. Le lien vers l’étude de cas complète se trouve dans la section des ressources (ci-dessous).

L’expérience scolaire Dene Ts’ıl̨ı̨ : vers un réseau jeunesse à Sahtu Trois intentions distinctes sont ressorties de ce dialogue : 1) renforcer les capacités de la communauté en faisant participer localement le Ɂehdzo Got’ı̨nę (conseil sur les ressources renouvelables) au développement et à la mise en œuvre de l’école Dene Ts’ı̨lı; 2) renforcer les liens que les jeunes entretiennent avec leur culture traditionnelle; et 3) contribuer à favoriser les compétences de leadership chez les jeunes.

Les camps ont eu lieu à Dǝocha (Bennett Field) en 2017-2018. Le premier atelier a donné lieu à l’élaboration de l’approche interculturelle Dechı̨ta Nezǫ Gots’udı́ (bien vivre sur la terre) à l’égard de la planification de la sécurité. Le deuxième atelier a permis d’évaluer la mise en œuvre des itérations du plan et d’étendre la portée de celui-ci pour inclure des volets touchant la sécurité culturelle et spirituelle. En plus des ateliers de planification avant la tenue des camps, des réunions de leadership quotidiennes ont permis à l’équipe de formation de prendre le temps nécessaire pour discuter des apprentissages de la veille et pour améliorer l’approche et le plan pour les activités d’apprentissage dans les jours à venir. L’apprentissage était nécessaire, tant pour les personnes-ressources non autochtones que pour les aînés et les mentors. Les personnes-ressources non autochtones doivent comprendre, respecter et soutenir les espaces qui sont adaptés aux besoins d’apprentissage des Dénés et des Métis. Les aînés et les mentors Dénés et Métis doivent relever un défi semblable provenant d’une autre direction, c’est-à-dire qu’ils cherchent à en apprendre davantage au sujet des besoins des jeunes qui sont à la maison en ville et dans des établissements scolaires structurés, mais qui sont souvent peu familiers avec les moyens traditionnels d’apprentissage sur les terres.

Résultats et suivi des progrès

La première leçon majeure tirée, qui a été depuis intégrée à chaque camp, était le besoin d’inclure des mesures de soutien en matière de mieux-être dans les programmes sur les terres, surtout ceux qui incluent ou visent les jeunes. De nombreux jeunes Sahtus sont aux prises avec des problèmes de toxicomanie. Ils doivent aussi composer avec les répercussions des pensionnats et du colonialisme, et avec des expériences connexes de traumatisme et de stress. Les personnes qui assument un rôle de leader dans les camps pour les jeunes dans la région du Sahtu doivent être formées sur les compétences de mieux-être afin de pouvoir aborder de manière appropriée les enjeux qui seront sûrement abordés. La deuxième principale leçon tirée est la suivante : ce ne sont pas toutes les personnes qui savent comment passer du temps sur les terres de manière sécuritaire. Notre premier camp a donné lieu à l’élaboration de l’approche interculturelle Dechı̨ta Nezǫ Gots’udı́/bien vivre sur la terre à l’égard de la planification de la sécurité, qui comprend des volets touchant la sécurité culturelle et spirituelle. Depuis, chaque camp constitue une occasion d’évaluer la mise en œuvre du plan et d’ajouter de nouveaux renseignements et de nouveaux apprentissages qui ressortent des camps. Voici une troisième leçon tirée de ces camps : le besoin de créer un environnement propice à l’apprentissage, avec quelques activités d’apprentissage structurées, mais aussi beaucoup de temps pour des activités Dene ts’ı̨lı̨ moins structurées, comme la pêche, la récolte, la cueillette de baies, la couture et bien d’autres.

Parmi les plus grands avantages de ces camps, notons les relations positives et bienveillantes qui s’établissent. Celles-ci ont mené à de bien meilleures relations entre les chercheurs et les membres de la communauté, car les deux groupes commencent à constater de quelle façon les autres pensent, ce qui est important pour eux et pourquoi. Selon l’Office des ressources renouvelables du Sahtu, ces relations renforceront la région, car elles misent sur le savoir traditionnel et la science qui permettront aux collectivités d’élaborer des stratégies d’adaptation relatives aux changements climatiques, de prendre des décisions qui appuient leur Dene ts’ıl̨ı̨ et de veiller à ce que les communautés aient le soutien nécessaire pour demeurer résilientes face aux changements climatiques.

Prochaine(s) étape(s)

Les prochaines étapes consistent à continuer de créer des occasions d’apprentissage et de partage entre les cultures, les générations et les systèmes de connaissances, particulièrement en ce qui concerne les camps sur les terres qui se sont avérés efficaces pour apprendre et s’adapter aux changements sur les terres en raison des changements climatiques. Les difficultés connues (p. ex., le coût élevé lié au déplacement des gens vers les terres, l’établissement de calendriers pour favoriser la participation de tous les participants et les mesures pour assurer la sécurité et le soutien des gens) continueront d’être abordées par des améliorations aux programmes au fil du temps.

Ressources

Lien vers l’étude de cas complète 

Initialement publié par l’Institut canadien pour des choix climatiques

Ressources additionnelles :

Si vous souhaitez en savoir plus sur les expériences et les histoires des peuples autochtones dans un climat changeant, visitez le Indigenous Climate Hub (en anglais seulement). Vous pouvez également trouver sur la plateforme un certain nombre d’outils de ressources sur le changement climatique pour que les peuples autochtones puissent surveiller et s’adapter au climat en constante évolution.

Faites partie du Hub pour échanger des connaissances et des expériences avec d’autres leaders autochtones du changement climatique travaillant sur des questions similaires, en vous inscrivant ici : https://indigenousclimatehub.ca/members-network/